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Travail, précarité et avenir des travailleurs de l'art en Italie

Despite anchoring one of the world’s great cultural economies, Italy’s art workers face workplace instability, low wages, and a system structurally designed to keep them materially dependent and institutionally silent. To reckon with this condition, the report aims to investigate the institutional framework that sustains it as well as the broader causes that contribute to shaping such precariousness.

Une fête née de la lutte

La fête du Travail commémore les événements de Haymarket à Chicago en 1886, lorsque des travailleurs en grève réclamant la journée de huit heures se sont heurtés à la police, déclenchant un élan de solidarité internationale qui a fait du 1er mai un symbole mondial des droits des travailleurs. En Italie, la tradition remonte aux dockers de Livourne qui manifestèrent en solidarité avec les victimes. Depuis 1990, l'occasion donne lieu à un grand concert à Rome organisé par les principaux syndicats nationaux — la CGIL, la CISL et l'UIL — une tribune où musiciens, syndicalistes et politiciens dénoncent ouvertement les conditions auxquelles sont soumis les travailleurs de la culture. 

The centrality of live music in this programme is not incidental. In fact, it reflects the pivotal role the arts play in Italian national identity, while simultaneously exposing the structural inequalities that make it so difficult to earn a living within that very sector. In order to comprehend the big picture, it is necessary to observe both the public policies that shape cultural workers’ conditions and the deeper structural forces that have come to normalize instability in the first place.

Cartographier le secteur culturel : cadre politique

Before analysing policy, it is essential to define what “the art sector” actually means. It is a complex and evolving ecosystem encompassing visual arts, music, performance, literature, cinema, design, and cultural heritage,  disciplines that do not exist in isolation but rather circulate within an interconnected system of planning, production, and distribution.

Italy’s cultural governance is anchored in Article 9 of the Constitution, with the Ministry of Culture as the primary authority. Key funding tools include the Fondo Unico per lo Spettacolo (FUS) for live performance and the ArtBonus tax incentive for private donations. 

Au niveau de l'UE, le programme Europe Créative finance la collaboration transfrontalière, tandis que la résolution du Parlement européen de 2023 sur le statut de l'artiste a appelé à des définitions de l'emploi plus claires, à une rémunération plus juste et à des protections sociales plus fortes, bien que l'écart entre les objectifs politiques et la réalité demeure important. 

Malgré cette infrastructure, des défis systémiques persistent. La résolution du Parlement européen de 2023 sur le statut de l'artiste a explicitement reconnu les conditions précaires des travailleurs de la culture à travers l'UE, appelant à une coordination plus étroite, à des définitions plus claires du statut d'emploi, à des mesures de lutte contre le faux travail indépendant et à une amélioration des normes de rémunération. Cette résolution a certes marqué une étape importante, mais elle reste insuffisante pour combler le fossé de la précarité qui affecte de manière disproportionnée les travailleurs culturels. 

La réalité de la précarité

For the many thousands of Italians who work in the cultural sector, precariousness is a daily reality. According to Eurostat data cited in the Ministry of Culture’s 2025 Minicifre della cultura rapport, les travailleurs de la culture en Italie s'élevaient à environ 840 000 en 2024, soit approximativement 3,5 % de l'emploi national total. Pourtant, ce chiffre place l'Italie en dessous de la moyenne de l'UE (3,8 %) : c'est sans aucun doute un écart notable pour un pays largement considéré comme l'un des plus importants au monde sur le plan culturel.

According to Symbola and Unioncamere’s 2025 Io sono Cultura report, 36.5% of workers in Italy’s cultural and creative sector are self-employed, compared to a national average of 21.2%. This structural dependence on independent and freelance work limits the possibilities of collective bargaining and deepens the informal and precarious character of employment in the field. Interestingly, this is a typical pattern of cultural industries in southern European countries, of which Italy is a prime example.

Les conséquences sont visibles au niveau des revenus. Selon les enquêtes sectorielles et les rapports syndicaux, les professionnels de la culture gagnent en moyenne moins de 12 000 € par an, un chiffre qui reste désespérément bas depuis des décennies. L'emploi est principalement basé sur des projets et de l'intermittence, avec peu de travailleurs bénéficiant de contrats stables qui leur permettraient d'accéder aux protections sociales classiques, telles que les allocations chômage, les cotisations de retraite ou les congés de maladie payés.

De plus, l'inégalité géographique doit être prise en compte. Un tiers de l'ensemble des travailleurs du secteur culturel est concentré dans le nord-ouest de l'Italie, avec 27 % en Italie centrale. Le Mezzogiorno, c'est-à-dire le sud et les îles, est gravement sous-représenté, laissant les travailleurs de ces régions avec moins de réseaux professionnels et de plus grandes distances par rapport aux centres de décision qui contrôlent l'allocation des fonds publics. Beaucoup sont contraints de migrer vers Milan, Rome ou à l'étranger pour simplement pouvoir poursuivre leur carrière. 

Un système conçu pour l'instabilité

Claudia Fauzia, consultante italienne en diversité et égalité, propose une réponse structurelle plutôt qu'individuelle à cet état chronique de sous-rémunération et d'instabilité : le système, soutient-elle, est conçu pour maintenir la précarité. Les salaires versés aux travailleurs de la culture ne suffisent pas pour vivre, et beaucoup accomplissent en réalité ce qui s'apparente à un travail bénévole ou fortement subventionné, soutenu par la passion et l'espoir d'une stabilité future. Cependant, cela ne peut être résolu par le simple refus d'accepter de mauvaises conditions, car il y aura toujours quelqu'un d'autre disposé à les accepter.

La précarité, soutient Fauzia, n'est pas un effet collatéral du système, mais bien une fonction de celui-ci. Maintenir ceux qui façonnent la culture dans un état de fragilité matérielle est un mécanisme efficace pour les rendre politiquement et institutionnellement insignifiants. Les institutions publiques financent le travail culturel juste assez pour le légitimer, mais pas suffisamment pour le rendre autonome. Le résultat est une classe de travailleurs créatifs hautement qualifiés qui dépendent structurellement de l'État et de la bienveillance de mécènes privés, et qui, par conséquent, manquent d'indépendance pour contester les conditions qui leur sont imposées.

De plus, cette dépendance est géographiquement concentrée : elle est plus aiguë là où les communautés et les réseaux professionnels sont les plus faibles, là où les distances par rapport aux centres de décision sont les plus grandes, et là où les travailleurs doivent finalement partir pour survivre. Ce qui apparaît comme une précarité individuelle est en réalité une dispersion délibérée des compétences. La réponse appropriée, suggère Fauzia, est de recadrer le récit : passer des lacunes individuelles à la responsabilité collective. Il est essentiel de construire des structures économiques, organisationnelles et territoriales robustes autour du travail culturel pour éviter de s'abandonner entièrement à ce système.

La pandémie de COVID-19 a exacerbé les vulnérabilités existantes. Comme l'a rapporté la journaliste Roberta Capozucca dans le journal Il Sole 24 Ore, la fragmentation du secteur en petites entreprises et en travailleurs indépendants a empêché de nombreuses catégories d'être incluses dans les stratégies d'urgence du gouvernement.

Les artistes plasticiens, par exemple, ont été totalement exclus de la prime d'urgence de 600 € destinée à tous les travailleurs du secteur culturel dans le cadre du décret de soutien Cura Italia de 2020. En l'absence d'associations unifiées capables de négocier collectivement, des catégories professionnelles entières se sont retrouvées sans aucun soutien.

The episode illustrates a broader truth: the diversity of professional categories that makes the sector so rich culturally becomes a liability when crisis strikes and there is no unified voice to negotiate on workers’ behalf.

La nouvelle frontière de l'intelligence artificielle

Aux vulnérabilités structurelles déjà décrites s'ajoute une nouvelle menace qui progresse rapidement : l'intelligence artificielle. En fait, elle est en train de devenir une infrastructure, un système entièrement nouveau qui redéfinit les conditions du divertissement, de la communication et de la production visuelle et numérique.

Les premiers rôles touchés sont principalement techniques. Les designers sonores, les étalonneurs et les spécialistes de la post-production voient leurs compétences fondamentales absorbées par des logiciels de plus en plus rapides et précis. Ce qui nécessitait autrefois une main-d'œuvre qualifiée, du temps et un équipement spécialisé peut désormais être produit de manière algorithmique pour une fraction du coût initial. Pour les jeunes créatifs et les nouvelles générations qui entrent sur le marché du travail, ce changement est encore plus lourd de conséquences, car ils sont désormais en concurrence dans un paysage où l'IA peut générer des images, des vidéos et de la musique à un coût considérablement réduit et avec une qualité relativement élevée.

Pour un secteur déjà défini par des bas salaires et des contrats précaires, cela représente un changement radical dans les conditions de concurrence, pour lequel ni les travailleurs ni les institutions publiques ne sont pleinement préparés. Mais le défi est tout autant politique qu'économique : si les professions créatives ont historiquement offert une autonomie et une irremplaçabilité qui compensaient plus ou moins l'instabilité matérielle, la disparition de cette singularité au profit d'une production non humaine supprime le seul avantage structurel que possédaient les travailleurs de la culture.

Sans des réponses collectives fortes de la part des syndicats, des associations professionnelles et des décideurs politiques, les travailleurs les plus vulnérables du secteur risquent d'être totalement mis sur la touche. L'urgence de développer des cadres de gouvernance de l'IA qui protègent le travail culturel est aussi pressante aujourd'hui que l'était la réforme du FUS (Fonds Unique pour le Spectacle) il y a dix ans.

Vers une réforme cohérente

Taken together, these challenges describe a sector in urgent need of coherent and comprehensive reform. The conditions of Italy’s cultural workers must not be treated as a second-class concern: they safeguard a heritage that defines the country’s identity and drives a significant share of its economic output. To treat their current state as the inevitable price of a vocation is both an ethical and strategic failure.

La députée italienne et membre de l'APCE, Valentina Grippo, dans un récent entretien avec l'ASSEDEL au Palais de l'Europe, identifie un ensemble concret de priorités législatives : l'établissement de normes de rémunération pour les travailleurs de la culture, l'élargissement de l'accès à cassa integrazione (les dispositifs de complément de salaire) et la réforme des mécanismes du assegno unico, tout cela nécessitant une action au niveau législatif national. Les sessions parlementaires passées ont déjà produit des amendements budgétaires visant à augmenter les ressources du FUS, reconnaissant ainsi que de nombreuses professions culturelles sont précaires non pas par accident, mais par leur nature même, car elles sont liées à des productions individuelles plutôt qu'à des structures d'emploi permanentes. Cette réalité structurelle rend essentielles des réponses politiques sur mesure, plutôt que des réformes génériques du marché du travail.

L'argument en faveur de la réforme dépasse toutefois la seule logique économique. Les institutions européennes doivent aborder la protection des travailleurs de la culture sous l'angle des droits : défendre ceux qui font l'art, c'est défendre les droits fondamentaux des citoyens européens, y compris de tous ceux qui bénéficient de la culture en tant que publics, communautés et générations futures. Protéger les travailleurs culturels, c'est, en ce sens, protéger un patrimoine collectif qui appartient à la société dans son ensemble, et non à une seule industrie.

Lire le rapport complet ici.

Sources

Studenti.it , Festa del lavoro 1 maggio: significato e storia della festa dei lavoratori (2026). Available at: https://www.studenti.it/storia-del-1-maggio-festa-dei-lavoratori.html

Il Post, Breve storia del “Concertone” del 1 maggio (2025). Available at: https://www.ilpost.it/2025/05/01/concerto-primo-maggio-storia/

European Parliament, Status of the artist: better working conditions for artists and cultural workers (2023). Available at:

https://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20231117IPR12106/status-of-the-artist-better-working-conditions-for-artists-and-cultural-workers

European Commission, Culture moves Europe: How the EU promotes culture and creativity (2024). Available at:

https://commission.europa.eu/news-and-media/news/culture-moves-europe-how-eu-promotes-culture-and-creativity-2024-08-22_en

Italian Republic, Costituzione della Repubblica Italiana (1948). Available at:

https://www.cortecostituzionale.it/documenti/download/pdf/Costituzione_della_Repubblica_italiana.pdf

Ministero della Cultura, Sistema museale nazionale (2018). Available at:

https://musei.cultura.gov.it/progetti/sistema-museale-nazionale

ICOM, Code of Ethics for Museums (2017). Available at: 

https://icom.museum/wp-content/uploads/2018/07/ICOM-code-En-web.pdf

Direzione generale Educazione, Ricerca e Istituti culturali, Minicifre della cultura (2025). Available at: 

https://www.fondazionescuolapatrimonio.it/wp-content/uploads/2025/12/Minicifre-della-cultura_edizione-2025.pdf

Symbola and Unioncamere, Io Sono Cultura (2025). Available at: https://symbola.net/ricerca/io-sono-cultura-2025/

Manuela Rossetti, Vogliamo tutt’altro: quando la crisi del settore è guidata da logiche di schieramento (2025). Available at:

Claudia Fauzia, “Lo faccio perché ci credo.” E intanto non arrivi a fine mese (2026). Available at: https://claudiafauzia.substack.com/p/18-lo-faccio-perche-ci-credo-e-intanto

Roberta Capozucca, Professionisti del settore culturale, chi sopravviverà? (2020). Available at:

https://www.ilsole24ore.com/art/professionisti-settore-culturale-chi-sopravvivera-ADCiueQ

Gianna Angelini, L’impatto dell’AI nel design: svolta creativa e nuovi paradigmi (2024). Available at:

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