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Une session de formation avec Marta Becerra : la participation citoyenne peut-elle rétablir la confiance dans la démocratie européenne?

Marta Becerra, cosecrétaire du Comité directeur sur la démocratie (CDDEM) du Conseil de l'Europe, a animé une session de formation au cours de laquelle elle a présenté le mandat et les travaux en cours du Comité. Elle a exposé sa mission, qui consiste à renforcer la participation démocratique à tous les niveaux tout en promouvant l'égalité, en préservant les libertés fondamentales, en luttant contre la corruption, en garantissant l'efficacité et l'indépendance des systèmes judiciaires et en favorisant la résilience démocratique à long terme dans l'ensemble des États membres.

Le CDDEM a été créé à la suite du Sommet de Reykjavík, reflétant un engagement politique renouvelé à placer la démocratie au cœur des priorités du Conseil de l’Europe. Pour le cycle biennal actuel, le Comité s’articule autour de deux groupes de travail spécialisés. Le premier, le Groupe de travail sur les principes démocratiques (GT-P2), s’appuie sur les travaux de son prédécesseur et se concentre sur l’élaboration de paramètres concrets pour la mise en œuvre des Principes de Reykjavík. Le second, le Groupe de travail sur la gouvernance à plusieurs niveaux (GT-GPN), anciennement le Groupe de travail sur la participation civique (GT-CS), se concentre sur le renforcement de la gouvernance démocratique aux niveaux local, régional, national et européen.

L'une des missions principales du GT-P2 consiste à élaborer un cadre capable de refléter la diversité des réalités démocratiques dans les États membres. La mesure de la démocratie pose deux défis majeurs : d'une part, définir la démocratie elle-même nécessite d'aller au-delà des structures institutionnelles pour inclure la participation, l'égalité, la non-discrimination, la confiance du public et l'évolution des modèles de gouvernance ; d'autre part, le Comité s'efforce de concevoir des outils concrets que les pays peuvent utiliser pour identifier les risques et mettre en œuvre des politiques qui renforcent la résilience démocratique.

Le CDDEM coopère étroitement avec l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), le Congrès et d’autres comités intergouvernementaux afin de garantir l’intégration d’une perspective intersectionnelle de la démocratie à tous les niveaux de gouvernance, reflétant de manière transversale les besoins et les aspirations de tous les citoyens, quelle que soit leur origine. La 50e session du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux, qui s'est tenue du 31 mars au 2 avril, a clairement démontré l'engagement continu du Conseil de l'Europe en faveur d'un dialogue démocratique à plusieurs niveaux.

Rapprocher les personnes et leur réalité des institutions

La discussion a également mis en évidence la position particulièrement vulnérable des organisations de la société civile dans le contexte démocratique actuel. Les sociétés européennes sont confrontées à un déficit de confiance croissant à l'égard de la participation politique, les citoyens remettant de plus en plus en question l'efficacité des canaux démocratiques traditionnels. Parallèlement, les institutions publiques, tant au niveau local qu'européen, privilégient souvent des réponses immédiates ou opérationnelles face au mécontentement politique, n'impliquant les acteurs de la société civile que de manière superficielle et limitant ainsi leur capacité à contribuer de manière significative au processus décisionnel démocratique.

Le renforcement de la démocratie passe donc par le passage d'une consultation purement symbolique à une participation réelle et durable. Les organisations de la société civile sont reconnues par le Conseil de l'Europe pour le rôle démocratique fondamental qu'elles jouent en tant que gardiennes et défenseuses des droits de l'homme et des valeurs démocratiques. Le renforcement de leur rôle contribue non seulement à rétablir la confiance du public, mais aussi à renforcer la légitimité, le caractère inclusif et la résilience des institutions démocratiques.

Les travaux menés actuellement par le CDDEM visent à relever ce défi en promouvant des modèles de gouvernance participative qui reconnaissent la société civile comme un partenaire fondamental, et non comme un acteur secondaire, du renouveau démocratique. La consultation publique menée par l’ancien GT-CS durant l’été 2025 concernant la Recommandation CM/Rec(2007)14 du Comité des Ministres sur le statut juridique des organisations non gouvernementales en Europe illustre bien cette approche collaborative. Cette consultation a mobilisé un large éventail d’acteurs de la société civile, notamment des ONG, des universités et d’autres acteurs institutionnels, et a abouti à une série d’amendements finaux adoptés en septembre 2025, qui illustrent l’engagement du Comité en faveur d’un dialogue démocratique participatif et inclusif.

Les ONG jouent un rôle crucial en tant qu’« yeux et oreilles » du Comité, compte tenu de leur proximité avec les citoyens et les réalités locales. Elles sont souvent les premières à détecter les premiers signes d’un recul démocratique, tels que la baisse de la participation, l’exclusion sociale ou la méfiance envers les institutions. De nombreuses ONG participent aux travaux du CDDEM en tant qu’observateurs, un rôle qui devrait leur permettre de mettre activement en lumière les principaux enjeux affectant la gouvernance démocratique. Cette coopération ne doit pas être passive : l’apport doit provenir des ONG elles-mêmes, car la Commission compte sur la société civile pour fournir des informations en temps opportun, des idées novatrices et des retours d’expérience concrets sur la manière dont les normes démocratiques sont mises en œuvre sur le terrain. Ce n’est qu’à partir d’informations recueillies à la base que les politiques peuvent être non seulement solides sur le plan théorique, mais aussi efficaces dans la pratique.

La participation des jeunes constitue à cet égard un axe de collaboration essentiel : les ONG qui travaillent avec les jeunes contribuent à promouvoir l'engagement civique et à soutenir des initiatives participatives telles que les conseils et assemblées de jeunes, ce qui contribue à rendre la démocratie plus inclusive et à renforcer l'impact global à long terme des travaux du CDDEM.

Les défis posés par le déclin de la démocratie

Toutefois, contrairement à d'autres organes du Conseil de l'Europe, le Comité ne dispose pas de mécanismes de suivi formels et s'appuie principalement sur des projets pilotes et un dialogue coopératif pour mener à bien ses activités.

Cette approche reflète un équilibre délicat : l'ambition d'évaluer la démocratie à l'aide d'un cadre global englobant plus de 200 paramètres de gouvernance doit être conciliée avec la nécessité de concevoir un modèle qui reste pratique, inclusif et acceptable pour l'ensemble des 46 États membres. La souveraineté nationale est toujours un sujet complexe à aborder, et surtout à équilibrer.

Les États souhaitent généralement faire partie d'organismes internationaux et intergouvernementaux, mais dès qu'il est question de « affaires intérieures » – étroitement liées à la souveraineté –, ils se montrent sur la défensive et réticents à se soumettre à des normes ou pratiques communes. La notion d’affaires intérieures, ancrée dans le principe de non-ingérence, a longtemps servi de bouclier contre tout examen extérieur, même au sein de cadres institutionnels consensuels. Les États membres peuvent adhérer formellement à des valeurs démocratiques communes tout en s’opposant simultanément à tout mécanisme susceptible de traduire ces valeurs en évaluations contraignantes de leur gouvernance nationale. Les particularités nationales et les nuances culturelles comptent parmi les techniques défensives les plus courantes — invoquées non seulement comme des expressions légitimes de la diversité, mais souvent comme des objections stratégiques visant à détourner toute évaluation comparative.

On constate, sans que cela soit surprenant, une certaine réticence de la part de certains pays à se soumettre à une évaluation au regard des normes démocratiques européennes communes. Le CDDEM reste conscient de ces sensibilités ; le maintien d'un dialogue ouvert est donc jugé essentiel pour garantir une participation continue et une appropriation commune des normes démocratiques.

Enrichir le concept de démocratie dans la politique contemporaine

À l'issue de la session de formation, le message central transmis par Marta Becerra portait sur la possibilité de redéfinir la démocratie en rétablissant la confiance dans ses institutions. Ce processus implique d'approfondir l'apprentissage et la pratique de la démocratie, mais aussi de la protéger et de la faire évoluer.

Les démocraties modernes doivent aller au-delà des scrutins périodiques pour permettre une participation citoyenne continue : des mécanismes tels que les assemblées citoyennes, la budgétisation participative et les consultations communautaires permettent aux individus d'influencer directement l'élaboration des politiques, ce qui renforce la légitimité démocratique et favorise un sentiment d'appropriation chez les citoyens.

La confiance du public dans les institutions démocratiques dépend de leur transparence et de leur réactivité. Il est donc essentiel de renforcer les mécanismes de responsabilité, notamment les organismes de contrôle indépendants, les dispositifs de lutte contre la corruption et la liberté des médias. Les initiatives en faveur de la transparence, telles que les politiques de données ouvertes, permettent en outre aux citoyens et aux organisations de la société civile de suivre efficacement l'action du gouvernement.

Les plateformes numériques ont transformé la communication et la participation politiques, offrant de nouvelles possibilités d'engagement et de mobilisation tout en présentant des risques tels que la désinformation et la manipulation. Parmi les avantages potentiels de la démocratie électronique, on peut citer une transparence accrue des processus politiques, la promotion de la participation civique en ligne et une contribution à une formation plus éclairée de l'opinion publique. L'enrichissement démocratique nécessite donc des cadres réglementaires et des initiatives en faveur de la culture numérique afin de garantir que la technologie soutienne les valeurs démocratiques plutôt que de les compromettre.

Les défis actuels, tels que le changement climatique, les soulèvements populistes et l'intérêt renouvelé pour les migrations de masse, renforcent la nécessité d'une coopération internationale et d'une participation aux instances internationales, mais soulèvent également des questions quant à la manière dont les démocraties doivent s'adapter à ces changements.

Ce n'est qu'en mettant en place une approche de la démocratie qui tienne compte de la participation citoyenne, des inégalités sociales et des droits et libertés fondamentaux qu'il devient possible de créer une véritable dynamique politique, d'entretenir un dialogue public sur la confiance institutionnelle et de traduire la consultation en résultats politiques concrets.

Sources

Council of Europe. (2014, October 30). Guidance Note on Civil Society Participation in the
Interngovernmental Work of the Council of Europe.CDDEM(2024)14, accessible online at:
https://rm.coe.int/guidance-note-on-civil-society-participation-in-the-intergovernmental-/1680b46
2f7

Trechsel, A. H., Kies, R., Mendez, F., & Schmitter, P. C. (2003). Evaluation of the use of new
technologies in order to facilitate democracy in Europe: E-democratizing the parliaments and
parties of Europe. European Parliament, accessible online at:
https://www.agora-parl.org/sites/default/files/agora-documents/EUIF-EG%20-%20Evaluation%2
0of%20the%20use%20of%20new%20technologies%20in%20order%20to%20facilitate%20dem
ocracy%20in%20Europe%20-%20EN%20-%20PI.pdf

R. Julia. The Council of Europe. Monitoring Procedures and the Constitutional Autonomy of the
Member States Book Reviews , accessible online at:
https://heinonline.org/HOL/Page?collection=journals&handle=hein.journals/eurlj15&id=417&men
_tab=srchresult

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