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Le Conseil de l'Europe et les limites de l'application des droits de l'homme: les enseignements tirés de la session de formation animée par Günther Schirmer sur l'affaire Kavala

Le Conseil de l’Europe est largement considéré comme le principal garant des droits de l’homme, de la démocratie et de l’État de droit en Europe. Pourtant, comme l’a montré une session de formation animée par Günther Schirmer, cette institution évolue dans un paysage politique où les principes juridiques se heurtent souvent aux intérêts des États. Les réflexions de M. Schirmer ont offert un aperçu rare de ces tensions, l’affaire Osman Kavala c. Turquie apparaissant comme l’un des exemples les plus emblématiques de détention arbitraire et de non-respect des obligations internationales en matière de droits de l’homme. Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

L'autorité de Günther Schirmer dans ces domaines trouve son origine dans sa longue carrière au sein de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. Pendant de nombreuses années, il a occupé le poste de chef du secrétariat de la Commission des questions juridiques et des droits de l'homme, l'un des organes les plus influents de l'Assemblée. À ce titre, il a coordonné les rapporteurs, supervisé la rédaction de rapports sur des questions politiquement sensibles et conseillé les parlementaires sur les implications juridiques et politiques des violations des droits de l’homme. Son travail l’a amené à être en contact direct avec des affaires concernant des prisonniers politiques, l’érosion systémique de l’État de droit et le non-respect des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

L'affaire Osman Kavala : un symbole du rétrécissement de l'espace civique en Turquie


Parmi les nombreux cas évoqués par Schirmer, la situation d’Osman Kavala apparaît comme un exemple emblématique des limites de l’application des droits de l’homme au niveau international. Kavala, éminent philanthrope et figure de la société civile turque, a été arrêté en octobre 2017. Il a été accusé d’avoir tenté de renverser l’ordre constitutionnel, sur la base d’allégations liées aux manifestations du parc Gezi de 2013 et à la tentative de coup d’État de 2016. Ces accusations ont été largement considérées comme motivées par des considérations politiques et non étayées par des preuves crédibles. L’arrestation de Kavala est rapidement devenue le symbole du rétrécissement de l’espace accordé à la société civile en Turquie et du recours croissant aux mécanismes judiciaires pour faire taire la dissidence.

L'arrêt de la CEDH : une intervention rare et forte


Le 10 décembre 2019, la Cour européenne des droits de l’homme a rendu un arrêt historique. La Cour a estimé que la détention de Kavala était arbitraire, que les accusations ne reposaient sur aucun soupçon raisonnable et que cette détention poursuivait un objectif politique caché : à savoir, réduire au silence un acteur critique de la société civile. La Cour a conclu que la Turquie avait violé l’article 5 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui protège le droit à la liberté, et l’article 18, qui interdit l’utilisation abusive de restrictions légales à des fins politiques. Bien que de telles ordonnances soient rares, la CEDH est légalement habilitée à exiger la libération immédiate d’un détenu lorsque c’est le seul moyen efficace de mettre fin à une violation de la Convention. Ce pouvoir découle de l’article 46 de la Convention, qui rend les arrêts de la Cour contraignants pour les États membres. Dans les cas où la détention est jugée motivée par des considérations politiques — comme dans le cas de Kavala —, la Cour peut conclure qu’aucun autre recours n’est adéquat. C’est pourquoi la Cour a pris la décision exceptionnelle d’ordonner la libération immédiate de Kavala.

Malgré le caractère contraignant de l'arrêt, les autorités turques ont refusé de libérer M. Kavala. Ce refus a déclenché la procédure d'infraction prévue à l'article 46, paragraphe 4, de la Convention, un mécanisme qui n'avait été utilisé qu'une seule fois auparavant dans l'histoire du Conseil de l'Europe. Cette affaire est depuis devenue le symbole du défi plus large auquel l'institution est confrontée lorsque des États membres bafouent ouvertement leurs obligations juridiques. Elle illustre également les limites des mécanismes internationaux face à une résistance politique déterminée.

Au-delà de l'affaire Kavala : d'autres défis politiquement sensibles en matière de droits de l'homme


M. Schirmer a également abordé d’autres questions politiquement sensibles qui mettent en lumière la complexité du travail du Conseil de l’Europe. Il a évoqué les enquêtes sur les transferts illégaux et les détentions secrètes menées pendant la soi-disant « guerre contre le terrorisme », notamment le cas d’un citoyen allemand d’origine libanaise qui avait été injustement accusé d’avoir planifié un attentat terroriste. Après un an de torture et de détention illégale, l’erreur a été reconnue, mais les autorités ont refusé de faciliter son retour en Allemagne. Cet exemple a mis en évidence la sensibilité politique et la résistance institutionnelle qui accompagnent souvent les enquêtes sur les abus commis dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Il a également évoqué des situations dans lesquelles des preuves solides n’ont pas suffi à surmonter la résistance politique au sein de l’Assemblée parlementaire. Dans un cas précis, les enquêteurs avaient réussi à démontrer la justesse de leurs conclusions, mais l’Assemblée a finalement rejeté le rapport sous la pression politique. De tels épisodes montrent à quel point les dynamiques politiques peuvent compromettre la capacité de l’institution à agir conformément à ses propres principes.

Vulnérabilités institutionnelles : lobbying, risques pour la sécurité et idées fausses du grand public


M. Schirmer a fait remarquer que le Conseil de l'Europe est souvent sous-estimé dans le débat public, malgré son rôle essentiel dans l'élaboration des normes relatives aux droits de l'homme à l'échelle du continent. Parallèlement, les délégations opérant dans des zones de conflit sont fréquemment confrontées à des risques pour leur sécurité. Bien qu'elles soient officiellement protégées par des garanties internationales, ces protections ne sont pas toujours assurées dans la pratique. Lors de certaines missions, la protection a été assurée par les forces spéciales russes, ce qui a entraîné des complications opérationnelles et politiques.

Il a également évoqué les faiblesses institutionnelles, notamment l'influence du lobbying au sein de l'Assemblée parlementaire. Même lorsque certaines positions semblent a priori inacceptables, des efforts de lobbying intensifs peuvent modifier les amendements et influencer le contenu final des rapports. Le cas de Pedro Agramunt a montré comment les intérêts politiques peuvent s'immiscer dans les processus relatifs aux droits de l'homme.

Une question fondamentale : institution de défense des droits de l'homme ou acteur géopolitique ?


La séance s'est achevée par une réflexion plus générale sur la nature même du Conseil de l'Europe. M. Schirmer a posé une question fondamentale : le Conseil de l'Europe est-il uniquement une institution de défense des droits de l'homme, ou sert-il également d'instrument géopolitique permettant de faire avancer certains programmes humanitaires dans un cadre institutionnel ? Cette question met en lumière la tension entre la mission normative du Conseil et les réalités politiques auxquelles il doit faire face.

La session de formation animée par Günther Schirmer a permis d’acquérir une compréhension approfondie et nuancée des complexités politiques qui entourent les activités du Conseil de l’Europe en matière de droits de l’homme. L'affaire Kavala c. Turquie, en particulier, illustre à la fois la force de l'autorité juridique de la CEDH et les limites auxquelles l'institution est confrontée face au non-respect des obligations par les États. Pour l'ASSEDEL, les réflexions de M. Schirmer soulignent l'importance d'une documentation rigoureuse, d'un plaidoyer stratégique et d'un engagement soutenu auprès des mécanismes internationaux afin de garantir que les violations des droits de l'homme soient traitées, même dans des contextes politiquement sensibles.

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